GEU || de l’urgence à la peine

Au lieu d'un beau ventre rond et de nombreuses nuits blanches, j'ai 5 cicatrices qui nous rappelleront sans cesses que nous t'avons perdu.

Aujourd’hui pas d’article de gourmandises, ni d’anecdote de voyage, juste le besoin d’écrire sur ce que je vis depuis quelques semaines maintenant. Pour prendre du recul, pour accepter, comprendre, évacuer et peut être aider les personnes qui ont vécue ou vivent la même chose, de leur dire comme j’ai eu besoin de l’entendre, qu’elles ne sont pas seules à vivre ça …

Ce récit est mon histoire personnelle je vous demande donc d’être clément sur ma façon de raconter mon vécu.

Tout commence un jour de décembre. 3 petits jours après noël et surtout à J7 de retard de règles (mes cycles ne sont pas toujours réguliers donc nous ne nous étions pas inquiétés), me voilà rendue à la pharmacie pour acheter le fameux test de grossesse. C’est une montée de sueur qui me prend au corps quand le + s’affiche, apparemment, et après avoir vérifié plusieurs fois : je suis enceinte. Surprise mais heureuse, je réalise que ça y est j’étais bel et bien prête à la voir cette barre en plus. J’essaie de réaliser ce qui m’arrive et en l’espace de 5 secondes 100 000 questions sont passées dans ma tête.
Le jour même je pars acheter des petites moufles que j’enveloppe pour annoncer à mon amoureux qu’il allait être papa !

C’est alors que nous avons su qu’un petit grain de riz s’était incrusté à notre mariage un mois auparavant ♡

Quelques jours après avoir effectué le test, je commence à avoir des pertes marrons et de légères douleurs au bas ventre. Mes proches me rassurent les saignements peuvent arriver en début de grossesse on appelle ça les « spottings » et ça veut dire que bébé se fixe alors pas de panique. OK je me détends. Enfin presque…

Je fais la prise de sang, 4100 mUI, ça y est tout se concrétise, finalement on est les plus heureux. Autant vous dire que j’ai sillonné internet de long en large, je faisais au moins 5 boutiques en une journée en espérant vider mon porte monnaie pour la future venue de bébé ! J’étais devenue invincible, je souriais tout le temps comme si j’avais toujours voulu ça, j’étais comme sur un petit nuage.

Mais je m’emballe toujours trop vite

Mais tout ça c’était avant que je sois allongée sur une table d’auscultation aux urgences de la maternité suite à d’énormes douleurs quelques jours plus tard. Les jambes écartées, j’agrippe la main de mon chéri, les larmes chaudes coulent sur mes joues pendant qu’on nous annonce que mon utérus est vide. Ces mots ont mit brutalement fin à ce rêve.

C’est alors que de la surprise à la joie je suis passée de l’angoisse à la peur.

QUAND tout à basculé

On écoute la gynécologue nous expliquer qu’il vont devoir me garder, ils écartent la fausse couche car mes béta hcg ont augmentées mais pas de façon significatives ce qui veut dire que bébé est bien quelque part mais qu’ils ne voient pas où, leur seule certitude c’est qu’à la vue de la prise de sang il n’est pas au bon endroit et ne pourra se développer correctement. On appel ça une grossesse extra utérine (tout est très bien expliqué dans ce lien). Faute à pas de chance je fais partie des 2% de ces cas de grossesse qui n’aboutiront jamais. Elle continue de nous expliquer qu’ils ont trouvé des signes de gravité à l’échographie c’est pourquoi ils veulent me surveiller quelques jours, ma vie serait peut être en danger.

Je n’écoutais plus ce qu’elle me disait, c’était un coup dure j’avais juste envie de rentrer chez moi et tout oublier. A partir de ce moment je culpabilisais de devoir tuer mon bébé pour sauver ma vie, que mon corps n’est pas réussi à mettre au bon endroit cet enfant. Je suis restée 5 jours dans une chambre d’hôpital durant lesquels j’ai lu des dizaines de témoignages et fait un million de recherches sur ce que je vivais, pour me préparer au mieux ou au pire, pour connaître les options, les conséquences, chercher du soutien, de l’espoir. Trois échographies et 3 prises de sang plus tard les médecins décident de mettre fin à cette grossesse extra-utérine par injection de methotrexate (petite chimiothérapie qui va lyser les cellules qui se développent plus vite que la normale, et qui tuera donc l’embryon) j’étais alors à 8 SA . Après ça j’ai l’autorisation de rentrer et on me convoque à J+4 et J+7 de l’injection pour contrôler son efficacité. Ok J+4 passe, échographie stable toujours une image suspecte d’épanchement mais pas d’aggravation depuis la dernière écho, mes beta auraient dus diminuer au lieu de ça ils ont augmentés mais cela peut arriver apparemment, comme je ne suis pas douloureuse on verra bien à J7. Je rentre donc chez moi, pour retourner aux urgences le lendemain après de nouvelles douleurs intenses et avoir perdu énormément de sang. Ils me gardent 1h, me palpe le ventre, pas de signe d’hémorragie mon ventre est souple alors ils me font de nouveau rentrer à la maison. Anéantie je commence à douter de moi, je me remets en question, est ce que je m’écoute trop ? Est ce que je me fait des film à penser que quelques choses ne va pas ? Je me renferme, je souffre mais j’essaie de continuer ma vie comme si de rien était pour ne pas inquiéter plus mon entourage qui était déjà bien assez sous pression avec tout ça. Bien qu’entourée je me suis sentie extrêmement seule face à tout ça, seule face à ces douleurs que l’on n’expliquait pas, seule face à ma certitude que quelque chose n’allait pas, seule car nos proches ne peuvent réellement se rendre compte de ce qu’on est en train de vivre. Et comment leur en vouloir, eux ils ne voient que le fait que les examens sont « stables ».

J7 est là, je décide d’aller faire le contrôle l’après midi seule pour profiter d’une matinée en amoureux. Malheureusement suite à une douleur intense et je m’évanouie et tombe raide dans mon salon, On appel le 15 qui nous envoie de suite les pompiers. J’arrive aux urgences ils me mettent en blouse de bloc, me perfusent, me donnent des antalgiques et me demandent de me préparer au pire. Mon tour à l’échographie arrive, je n’arrive même plus à marcher à cause de la douleur on me transporte en fauteuil car je refuse le brancard. Lentement mais sûrement je m’installe de nouveau sur une table d’auscultation où on me refait une énième écho. Et là, alors que 4 personnes sont attroupés autour de moi en train de regarder l’intérieur de mon vagin sur un écran: tout se bouscule. Ma trompe droite est complètement déformée, remplie d’une poche de sang légèrement percée de 4,5cm dans laquelle se trouvait bébé. Ca y est je le voyais, il était bien la et toujours en vie. Mais à la vue du sang dans mon ventre tout s’est agité autour de moi « Madame on vous envoie de suite un anesthésiste il va falloir vous opérer d’urgence, vous faites une hémorragie interne votre pronostic vitale est engagé ». Ce petit être était vraiment coriace…

En 10mn je me retrouve sur la table d’opération, le masque à oxygène sur le visage ont me demande de gonfler les poumons « pensez à un beau rêve, je vous endors madame ». 20h30 je monte dans une chambre de service chirurgie gynéco, dans les vapes je vois la tête de mon chéri qui était déjà là à m’attendre: soulagement intense, j’étais en vie et il était là tout près de moi. Je ne le remercierai jamais assez de sa présence et de la bienveillance qu’il a eu envers moi dans cette étape difficile pour nous deux.

Je me suis endormie maman d’un microscopique bébé qui luttait pour survivre et qu’on voulait dorloter mais je me réveille vide, le ventre gonflé par le gaz carbonique qu’ils m’ont injecté, 5 pansements alors qu’on m’avait annoncé qu’il y aurait 3 incisions. Je me prépare déjà à ce que l’opération ne se soit pas passée comme prévu. L’interne arrive dans ma chambre, elle nous annonce que les dégâts étaient trop importants et que ma trompe droite s’était rompue sous la pression de l’hématome, ils n’ont donc pas eu le choix que de l’enlever intégralement.

C’est ainsi que, dans ma chambre d’hôpital, tout s’est terminé.

L’après Grossesse extra-utérine

« Le lendemain un nouveau jour s’est levé, un jour que tu ne vivras pas. »


Aujourd’hui mes maux ne sont plus les mêmes, mon corps bien que fatigué se remet plus facilement que mon esprit de tout ce qui s’est passé. Cette avortement par la force des choses et encore plus difficile du fait que je n’avais pas décidé de cette fin pour nous. Je m’efforce de dédramatiser cette situation, ce n’était qu’un accident imprévisible qu’il faut accepter et j’essaie surtout de me déculpabiliser, il n’aurait pas survécu où il était placé, la vie continue malgré tout. Je suis en vie, et nous sommes plus soudés que jamais avec mon chéri après cette dure épreuve.

Les prises de sang vont s’enchaîner pour surveiller que le taux re-devienne bien négatif. On est autorisé à 3 semaines d’arrêt, apparemment c’est le délai pour se remettre de tout ça (la blague… ) avec interdiction de faire du sport et pas d’essai de bébé pendant 3 mois (le temps d’évacuer le produit injecté et de laisser au repos mes ovaires et mon unique trompe pour cicatriser de tout ça) oui de toute façon sincèrement on y comptait pas.

Le plus dur reste les réflexions des personnes autours de nous qui veulent bien faire mais qui « banalise » tout de même un peu la chose. Certe cela arrive plus souvent qu’on ne le pense (15 000 femmes par an) mais ça n’enlève rien à la difficulté qu’on aura toujours de se dire qu’on aurait pu être sa maman.

JE ME DÉVOILE

Si je mets à nue aujourd’hui cette période si intime de ma vie ici où tout le monde peut me lire c’est dans l’espoir de donner de la force aux femmes, aux couples qui vivent cette situation.

Parce que c’est un sujet méconnu et tabou. Parce que bien sur lorsque ça nous arrive on se renseigne sur les forums et on y lit des messages d’espoir mais surtout des parcours très difficile. On parle depuis peu des fausses couches, des IVG ou IMG mais très peu de personnes ont connaissance de l’existence des grossesse extra utérine et de l’urgence vitale qu’elle créer.

Par cet article j’espère pouvoir, à ma petite échelle, apporter du soutien et faire connaître un peu plus ce sujet.

Il faut avant tout garder espoir, faire confiance à son corps car le corps nous parle beaucoup et j’ai eu de la chance que le mien ait crié garde à temps. Ne pas avoir honte d’en parler, le soutien est le plus important dans ces situations et je remercie de tout mon cœur les quelques personnes à qui je me suis confiée et qui nous ont soutenu tous les jours dans cette épreuve. Je demande également pardon à ceux à qui nous avons dû mentir ou à qui nous n’avons rien dit, pour nous protéger de cette tristesse bien assez grande déjà. Ce n’est pas une épreuve facile, qu’il s’agisse d’une grossesse d’une semaine, d’un mois, 3 mois ou plus encore et de n’importe quelle façon qui a mené que cela n’aboutisse pas la perte reste une douleur importante et un vide conséquent à partir du moment où on apprend qu’un petit être grandit à l’intérieur de soi. Il faut laisser le temps au temps tout en se disant qu’on se doit d’avancer. Ces petites âmes ont décidés d’un autre chemin et elles resteront à jamais en nous 🕊️

En attendant on se tourne vers l’avenir et on se projette sur d’autres objectifs 🙂 Rien est jamais perdu et beaucoup de belles choses peuvent arriver malgré ça alors : keep smile

Au revoir petit soleil ☀️

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